Tempête Emma

Certains se souviendront pendant quelques temps de cette première nuit mouvementée du mois de mars 2008. Annoncée plusieurs jours à l’avance, une profonde dépression a traversé le nord de l’Europe les 29 février et 1er mars, tuant treize personnes et provoquant parfois de nombreux dégâts. Certes, nous avions déjà eu quelques coups de vents au court de cet hiver : Fridtjof et Hannes en décembre, et Jette en janvier, ainsi que quelques épisodes de moindre intensité. Mais cette fois-ci, la Belgique fut frappée par un phénomène d’une tout autre dimension, prenant la forme d’une véritable petite tempête (rafales supérieures à 100 km/h), en province de Liège et autour de Bruxelles, les régions les plus touchées. Vu l’intensité du phénomène à ces endroits, nous avons jugé bon de faire un article à part, en plus des informations qui seront données dans l’analyse de ce mois de mars 2008.

Déjà plusieurs jours à l’avance, la probabilité d’un coup de vent se dessinait sur les cartes des modèles comme GFS et UKMO (pour n’en citer que quelques uns). Au fur et à mesure que les différents runs sortaient, la fourchette des vents prévus variait elle aussi, parfois vers le haut, parfois vers le bas. Ce n’est que 48 heures à l’avance qu’elle se fixa sur des valeurs « définitives » : les vents allaient souffler entre 60 et 90, voir 100 km/h par rafales, du déjà vu cet hiver, notamment avec la dépression Hannes (plus de 90 km/h en pleine terres). Ci-dessous, voici les bulletins d’avertissement que nous avions rédigés en vue de l’arrivée de la tempête.

Avis émis le mercredi 27 février à 20h00 

 Actuellement, notre temps est favorisé par la présence d'une cellule anticyclonique sur l'Europe Centrale. Cependant, l'arrivée d'une petite dépression en provenance du Golfe de Gascogne va progressivement repousser cet anticyclone vers le sud, et permettre la remise en route d'un bon flux d'ouest, accompagné d'un fort Jet stream en altitude axé sur une ligne passant par la Grande Bretagne et le nord de notre pays. Celui-ci va permettre la croissance et le creusement d'une profonde dépression de tempête qui circulera de l'Ecosse à la Norvège, puis vers la Suède en cours de nuit du vendredi au samedi. En plus d'une faible pression au centre du système (965 hPa ou moins), la présence d'anticyclones au sud de nos régions va permettre un resserrement isobarique, qui aura pour conséquence d'accélérer le vent déjà fort. Dès lors, en soirée du vendredi, les rafales vont devenir de plus en plus présentes, mais d'abord de façon modérée, avant de forcir après minuit et d'atteindre en fin de nuit des pointes de 70 - 80 km/h, voir localement 90. A la mer, on peut s'attendre à un vent très fort, avec des pointes atteignant voir dépassant temporairement les 90 km/h. En matinée, cette zone de fortes rafales s'évacuera progressivement vers l'Allemagne, et nous retrouverons un temps plus calme, même si le risque de bonnes bourrasques restent possibles une bonne partie de la journée. C'est un coup de vent typique de la saison hivernale qui s'achève doucement. Néanmoins, soyez prudent si vous circulez en fôret ou le long de routes arborées. Cet avis de vents forts concerne l'ensemble du pays, plus particulièrement la côte.

Mise à jour du jeudi 28 février 20h00 

La dépression en provenance de France nous délivre comme prévu de la pluie sur la plupart des régions du pays. Celle-ci va progressivement se décaler demain matin, et sera suivie la nuit de vendredi à samedi par la dépression de tempête annoncée depuis quelques jours. La trajectoire de celle-ci a été revue un peu plus au nord. Néanmoins, cela ne nous empêchera pas de connaître de bonnes rafales sur une fourchette allant de 60 à 90 km/h dans l'intérieur du pays, et proche des 100 km/h à la côte. Ces plus fortes rafales sont prévues en cours de deuxième partie de nuit de vendredi à samedi, sous un vent assez fort à fort d'ouest. A la côte, il sera même très fort. Le retour au calme est prévu en cours de journée du samedi, avant l'arrivée possible d'une deuxième dépression en début de semaine prochaine, mais c'est à repréciser d'ici-là.

Valable du vendredi 29 février 21h00 au samedi 1er mars 12h00. 

Mise à jour du vendredi 29 février 17h00 

Actuellement, la dépression de tempête Emma se trouve centrée juste au nord de l'Ecosse, avec une pression centrale estimée à 960 hPa. Durant les prochaines heures, elle va continuer à se déplacer vers l'est sud est, en direction du Danemark. Elle traîne avec elle une vaste perturbation très active qui, lorsqu'elle atteindra la Belgique, va déclencher l'épisode de vents forts attendus cette nuit, combiné à la présence d'un anticyclone sur le proche atlantique qui va resserrer le gradient barométrique. Les sorties des derniers modèles n'ont guère varié quand à la puissance de l'épisode. Ce soir, le vent va commencer à souffler en rafales de plus en plus fortes, puis en fin de nuit, elles atteindront des pointes de 60 à 80 km/h, voir 90 km/h en certains endroits. A la côte, ces rafales dépasseront les 90 km/h, et pourront atteindre temporairement les 100 km/h. Sous de fortes averses, parfois orageuses, des rafales encore plus fortes sont possibles. C'est demain après 10 - 11h00 que le vent commencera à retomber. Tout le pays est concerné par cet avis de vents forts. Prudence donc, surtout à la côte où des rafales tempétueuses seront possibles. Attention aussi aux pluies qui pourront parfois rendre les conditions de circulation délicates (risque d'aquaplanage...).

 

Comme on peut le voir, l’équipe hydrométéo avait plutôt bien prévu la violence du phénomène pour l’ensemble du pays, sauf en province de Liège et en Brabant Wallon où l’épisode a pris un tout autre visage, même si la mise à jour du vendredi 29 février laissait entendre que des rafales de vent supérieures à 100 km/h étaient possibles localement.

 

Comme prévu, le gradient barométrique se resserrait petit à petit entre le centre de la tempête et l’anticyclone alors présent au large de la péninsule Ibérique, et gagnait lentement l’Europe, si bien que déjà en soirée du vendredi 29 février, de fortes rafales de 60 km/h soufflaient sur Montigny-le-Tilleul, mais aussi sur le reste de la Belgique, annonçant l’arrivée des intempéries. La pression était alors de 1009 hPa, et s’enfonçait dans les valeurs dépressionnaires. Une alerte de l’IRM est en vigueur, et concerne tout la pays avec un niveau jaune, tandis que la côte est placée en alerte orange.

 

Pendant la nuit, le vent souffle de plus en plus fort. Régulièrement, les rafales poussent des pointes jusqu’à 80 km/h, voir plus. La pression continue à descendre : à 3h00 du matin, elle est de 999 hPa. Pendant ce temps, le paroxysme de la tempête se prépare au-dessus de la mer du Nord, comme le montre l’analyse de surface du 1er mars à 1h00 :

 

 

Le front principal, en cours d’occlusion, entre sur le pays, et le traverse en augmentant légèrement la puissance des rafales, qui atteignent déjà par endroit 90 km/h. Derrière ce front principal, on trouve un front froid secondaire très actif. C’est en dessous de ce front que se prépare le gros de l’épisode. En effet, entre l’avant et l’arrière de ce système, il y a parfois plus de 5°C de différence, ce qui génère un puissant choc thermique : l’air s’élève très rapidement au passage du front, et provoque une baisse de la pression à son niveau. Cette baisse de pression, combinée au déboulement de l’air froid derrière, provoque de violentes rafales, qui seront responsable de la tempête de fin de nuit en province de Liège notamment.

 

A 5h00 du matin, le front secondaire se trouve en travers de la Belgique, sur une ligne allant du Tournaisis à Liège, qui subit alors le gros de l’épisode. Une véritable ligne de grain accompagnée d’orages s’est formé le long du front, et précipite de fortes pluies, de la grêle et parfois de la neige. Les vents sont très violents, atteignant et dépassant même les 100 km/h (maximum mesuré : 111 km/h à Ernage), ce qui provoque pas mal de dégâts. Par contre, en raison de l’affaiblissement de la ligne de grain, le Hainaut et la Flandre occidentale sont moins touchés que le reste du pays.

 

Vers 6h00, le front traverse l’Entre Sambre et Meuse où il délivre des rafales tournant autour des 90 km/h, la pression tombe à 993 hPa à Montigny-le-Tilleul à son passage, puis il quitte la Belgique au petit matin par la Gaume. A sa suite, de fortes rafales de 80 – 90 km/h continuent de souffler à travers le Royaume, obligeant l’IRM à mettre l’est du pays en alerte orange.

 

Midi passé, les vents faiblissent sur tout le pays, et le calme revient enfin après une nuit parfois bien agitée…Nous avons eu donc affaire à un coup de vent intense par endroits, qui sera probablement le plus intense de cet hiver. Les dégâts sont parfois nombreux, en province de Liège, en Brabant Wallon et en province de Namur : arbres arrachés, toitures endommagées, panneaux routiers renversés,… Heureusement, aucune victime n’est à déplorer ici en Belgique, et ce malgré la violence parfois remarquable du phénomène.

 

Pour terminer, quelques rafales mesurées:

 

Ernage:                         111 km/h

Gand:                             94 km/h

Zaventem et Mont Rigi:   92 km/h

Cap Gris Nez (F):         122 km/h

 

 

 

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